まこと の ブログ

MaKoTo no burogu — Journal de bord…

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Lanceur de fusée

dscn1992.jpg Il y a une quinzaine d'années, j'ai travaillé dans l'animation pour des CLSH, et mon activité favorite était de faire faire des «fusées à eau» aux enfants.

Cette activité «scientifique» a pour but de faire travailler l'imagination et la dextérité, afin de découvrir pourquoi ça marche, mais surtout comment ça marche !
En effet il n'était absolument pas question d'arriver avec des fusées et un lanceur pour faire mumuse cinq minutes puis zapper l'activité… aucun intérêt !
Ici, j'arrivais avec mon lanceur et un sac remplis de bouteilles d'eau vides, de carton ondulé et de ruban adhésif d'emballage.
Voilà pour les consommables… Côté outillage, une simple paire de ciseaux et un cerveau suffisent !

Sous les regards curieux, je procédais alors à la démonstration :

  • J'enfonce une bouteille sur le lanceur, j'arme le bras, je pompe je pompe… Puis tire sur la ficelle… Et Shlouk ! La bouteille est éjectée du pas de tir en tournoyant, comme si on l'avait simplement lancé en l'air avec force, puis elle retombe…
  • C'est alors que je demandais à ces chères têtes blondes de mettre leurs cerveaux en marche, mode imagination :

Que s'est-il passé ?
Oui, la bouteille a été lancée dans les airs, c'était absurde et moche…
Comment pourrait-on la faire voler, tout droit et plus loin ?

Et là, généralement, silence… Puis les moins timides s'y mettent en émettant quelques idées, parfois farfelues et totalement hors sujet, ça se la joue «m'as-tu vu?» mais on ne leur en veut pas, ils sont là pour ça !
Après quelques tergiversations, les timides qui voient bien que ça part dans le n'importe quoi lancent quelques mots comme «moteur, hélice, réacteur, ailes, ailerons, avions, pointu…» repris immédiatement par les caïds et les mini-stars du groupe, histoire de conserver les projecteurs braqués sur eux, en court-circuitant allégrement ceux qui réfléchissent…
Et tout s'arrange assez rapidement, sortent enfin les mots clef «fusée, fusée de tintin», etc…
Bien !

Il est temps de s'y mettre !

  • Je laisse alors les gamins avec le carton-ruban-ciseaux se débrouiller, en les invitant à se lancer.

Pas question d'approcher le pas de tir sans un engin suffisamment élaboré !

En fonction de l'âge moyen et de l'homogénéité du groupe, les réactions sont diverses, allant du vide inter-sidéral qu'on lit au fond des yeux, à l'étincelle de malice qui semble t'il augure une bonne idée !
Il faut parfois aider un peu celui qui a eu l'idée de découper une bouteille pour confectionner la pointe de la fusée, indiquer vite fait comment s'y prendre pour découper efficacement du gros carton avec des ciseaux d'écolier manifestement pas fait pour ça et donc souvent donner les coups de ciseaux décisif soit même…
Le plus dur étant de faire comprendre comment faire tenir les ailerons avec de ruban adhésif plutôt qu'avec des tonnes de pâtés de ruban agglutinés sur la bouteille ou sur le carton, mais jamais sur les deux en même temps !
Que c'est passionnant d'observer les manières de faire de chacun… De ces ovnis ainsi confectionnés transpire un tas de révélations sur le gamin à l'ouvrage. Y'a celui qui :
- Manque de culture, mais pique les idées à son voisin;
- Sait exactement ce qu'il veut, mais avec un poil dans la main, c'est pas facile;
- Est rapide, vif d'esprit et partage son savoir faire avec les retardataires;
- Fait sa petite cuisine dans son coin, tranquillement mais surement;
- Prétexte ne pas savoir faire de fusée… Ça tombe bien moi non plus ! Voyons ce qu'on peut faire ensemble;
- Est persuadé qu'il est bon à rien, peut-être parce qu'on a fait la connerie de le lui dire un jour, et a besoin de se sentir soutenu pour progresser;

Bref, dit moi ce que tu fait, je te dirais qui tu est…

Les premiers ovnis se présentent devant le lanceur !

  • Tous s'arrêtent pour regarder…

J'insère la bouteille, arme le bras, oriente le lanceur et tends alors la pompe au capitaine du vaisseau.

À mon signal, et poussé par mes alertes insistantes, j'ordonne le lancement (nous verrons plus tard pourquoi).
Et Shlouk ! Voila partie la bouteille seule, ses ailerons par terre, inefficacement fixés.
Et Shlouk ! Un autre engin s'envole et suit une trajectoire improbable…
Et Shlouk ! Une fusée décolle et traverse toute la cour dans un vol parabolique des plus fluide…

Avec une telle démarche, face à des enfants qui ont l'habitude de recevoir les réponses très vite, les réactions face à l'échec sont parfois difficiles à gérer… L'échec n'est pas là pour frustrer même si l'effet est bien présent, mais pour apprendre et prendre plaisir par l'expérimentation…

Pourquoi ça n'a pas marché ?
Qu'est ce qui ne va pas, dans cette voilure ?
Que peut-on faire pour améliorer les performances ?

  • À ce stade si rien ne sort de bon, on peut indiquer les trucs et astuces adéquats, mais c'est souvent inutile, le lancement réussit d'une fusée digne de ce nom par un camarade relançant l'émulation des plus septiques… Chacun veut voir sa fusée voler !

Jamais je ne laisse les enfants se reposer sur leurs acquis, la séance n'est pas terminée…

Les techniques se perfectionnent, les silhouettes s'affirment, nous ne sommes plus très loin de la perfection, du prototype qui vole le mieux, cône sur cul de bouteille, avec petits ailerons triangulaires à la base, façon flèche d'arc…

  • Et là, y'a toujours un gamin qui s'amène avec un avion… Et les avions de ce type, ça ne vole pas… Je laisse bien entendu le concepteur s'en rendre compte par lui même.

Ce cas n'est pas si rare, et pourtant j'avais bien prévenu qu'on n'était pas là pour faire un avion… Je me demande encore si j'avais juste foiré mon discours ou si j'avais affaire à un mal comprenant.
Le cas «navette colombia», dite «brique volante» a aussi fait son apparition, là j'avoue qu'il peut y avoir ambiguïté.

Après les tirs d'essais, place aux choses sérieuses !

  • Je m'empare de la plus belle fusée du groupe, et la rempli d'eau à peu prés au tiers.

J'incline à fond le lanceur, insère la fusée, arme le bras, redresse le lanceur, et demande à son pilote de pomper… Ordre de lancement de ma tour de contrôle…
Et SPlaaaaasssshhhh, la fusée décolle, le gamin s'étonne d'être trempé, ça fait marrer tout le monde, surtout ceux qui jalousaient le fayot à la belle fusée qu'il a réussit mieux que tout le monde.
Petite revanche des moins adroits du groupe qui ont eu a recommencer plusieurs fois leurs prototypes.

  • Avec l'eau, la fusée a parcouru bien plus de distance, et de quelques mètres, elle a pu traverser l'équivalent d'un stade !

Moment d'amusement, on se détend, et tout le monde passe à la douche plusieurs fois, y compris le petit malin qui a rallongé le déclencheur (volontairement court) avec son lacet de godasse pour éviter la flotte.
Les fusées vont loin, tout le monde est content, on entend bien la satisfaction des uns et des autres, qui à 17h s'écrient qu'ils ont fait des fusées et qu'elles vont tout là-bas loin louinnn ! aux oreilles de leurs parents incrédules, qui répondront ouioui sans réellement comprendre ce qui s'est passé ce jour là…

  • Après avoir rangé tout le merdier de chiquettes en carton, de ruban et de bouteille laissées un peu partout, une dernière étape dans la démarche.

Séance de «réfléchissement» :

Pourquoi avec de l'eau dans la fusée, celle-ci va plus loin ?

Question difficile, pour des enfants, mais ça fuse quand même dans tous les sens, aussi bien les timides que les caïds participent, et avec quelques indications on approche de la réponse, même si j'aime laisser trainer le suspense, et selon la motivation du groupe, je fini par donner la réponse plus ou moins vite.

  • Cependant je ne vous la donnerais pas maintenant ^^;

Alors à votre avis, à quoi est dû le phénomène ?

À vous de me dire ^^;
Tututu, on triche pô ! Laissez Google tranquille ! Non mais alors !!![1]



Bon ce lanceur !! Comment le fabrique t-on ?

  • Facile, voici le plan et la liste des matériaux :

- 2 morceaux de contre-plaqué de 33 x 17 x 1,5 cm.
- 1 tasseau de 47,5 x 4 x 4 cm. (débiter un morceau de 7,5 cm).
- 1 tasseau de 50 x 2,5 x 4,5 cm.
- 1 tige filetée de luminaire (c'est creux) de 8 mm de diamètre.
- 1 tuyaux «cristal» d'aquarium de 8 mm de diamètre, longueur au choix.
- 1 valve automobile.
- 1 tige filetée de 10 mm de diamètre, d'environ 25 cm de long (à couper en 2).
- 2 écrous de 10 mm.
- 2 écrous à ailettes de 10 mm.
- 4 rondelles de 10 mm.
- 1 gros bouchon de chimie.
- 2 écrous plats de 8 mm.
- 3 rondelles métalliques (diamètres selon les mesures du bouchon de chimie).
- 1 rondelle de caoutchouc.
- 2 serre tuyaux.
- 1 pompe à pied.
La fabrication du pied est facultative, mais bien pratique ! Du bois de récupération fera l'affaire…

Les bouteilles à utiliser seront de préférence à structure lisse et rigide.
Il faudra poncer le bouchon de chimie pour l'adapter au goulot de la bouteille…
Pensez à stocker un grand nombre de bouteilles, car il n'est pas rare que le fabriquant change le design de celle-ci régulièrement, même si les changements restent minimes et que la plupart des gens ne le remarquent pas il arrive que le diamètre du goulot soit modifié…
LanceurFusee2.png

dscn1971.jpg dscn1986.jpg
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dscn1983.jpg dscn1977.jpg dscn1978.jpg dscn1979.jpg

Préparer un lancement :

dscn1989.jpg On remplit un peu la bouteille d'eau (pour la quantité efficace il faut expérimenter) et on l'insère sur le bouchon du lanceur baissé.
dscn1990.jpg Puis on redresse le lanceur et on appuie sur le bras, ce qui va donc écraser le bouchon et maintenir solidement la bouteille en place. dscn1993.jpg dscn1998.jpg







On place la ficelle «déclencheur» dont on aura pris soins de régler la longueur.
dscn1991.jpg dscn1992.jpg
Enfin, on oriente le lanceur suivant l'angle de vol voulu, et on serre les écrous à ailettes du pied.

  • La suite vous connaissez…

Mais attention, à force, le bouchon a tendance à s'user dans le temps (surtout avec les lancements à sec, à éviter), il faudra alors régler à nouveau le déclencheur.
Attention aussi au décollage intempestif.
Comme je l'évoquais dans la petite histoire, tout en pompant, il faut bien surveiller le goulot de bouteille sur le bouchon, et voir s'il n'est pas en train de glisser doucement, auquel cas la bouteille pourrait se barrer avant le déclenchement. Et non seulement le tir sera raté, mais en plus ça endommagera un peu plus le bouchon.
Autant donc déclencher le tir prématurément ou en catastrophe dans la foulée…
Pour éviter au maximum ce genre de désagrément et profiter d'un beau lancement, il est donc conseillé de pomper le plus vite possible, car même avec peu de pression dans la bouteille, le goulot va «jouer» doucement sur le bouchon, donc pomper lentement signifie trop peu de pression en jeux au moment ou l'on sera forcé de déclencher.
En cas d'usure trop avancée, on pourrait alors changer de type de bouteille pour un goulot plus étroit, quitte à re-poncer le bouchon pour l'ajuster, ou alors utiliser un bouchon neuf.

Les fusée qui vont le plus loin sont celles qu'on réussit à garder le plus longtemps possible sur le lanceur tout en y insufflant autant de pression que possible avant déclenchement; il faut donc une accroche solide !

Tout un art donc…
Comme quoi il ne suffit pas d'avoir une fusée performante, il faut aussi un bon pilote !
dscn2002.jpg dscn2003.jpg
FuseeAeau.jpg

Note

[1] C'est comme en petit comité, autour d'un café, faut toujours qu'il y ait quelqu'un avec son téléphone qui aille dégotter la réponse à la question existentielle qu'on s'apprêtait à ruminer pour refaire le monde… pffff de quoi on va causer maintenant !

Commentaires

1. Le mardi, 8 mai 2012, 13:53 par Neb-toi

Avec un montage un peu différent, il est assez simple de passer au dessus des soucis de montée en pression: un système en forme de fourchette à deux dents, qui va venir fixer la bouteille sur son pas de tir en prenant sur la collerette du goulot. On peut alors faire monter la pression, puis en tirant sur la fourchette, on libère la bouteille.

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